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Modigliani, le sourire de la caryatide

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« La Beauté a, elle aussi, des droits douloureux, qui créent cependant les plus beaux efforts de l’âme » disait Modigliani, jeune. Sa douleur a repris ses droits, il est mort alcoolique et tuberculeux à 36 ans. Reste la beauté de son œuvre à l’exposition Modigliani : l’œil intérieur au LAM à Villeneuve d’Ascq. Amedeo Modigliani affirmait qu’il faisait de la peinture pour pouvoir vivre, mais que sa passion était la sculpture. Inspiré par Brancusi, l’art khmer, l’art égyptien, l’art des Cyclades, les masques africains, il passa sa vie de bourreau des cœurs, prince de la bohème, à peindre des visages de caryatides au sourire doux. Voici un parcours qui montre que le classique Amedeo n’est pas démodé.

Les Aventuriers de l’art moderne : 1900-1930

Dan Frank, Amélie Harrault, Pauline Gaillard, Valérie Loiseleux
2015 -
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Modigliani et Zborowski

Anna Zborowska
2015 - L’échoppe
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Brancusi filme

Constantin Brancusi
1923-1939 -
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La Ruche : cité des artistes

Sylvie Buisson, Martine Fresia
2009 - Alternatives
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Modigliani : l’œil intérieur

Catalogue de l’exposition au LAM
2016 - Gallimard
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Musée national des arts asiatiques Guimet

2015 - Éditions Artlys
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Afrique noire : masques, sculptures, bijoux

Meyer-Laure
2010 - Editions Pierre Terrail
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Les amants de Montparnasse (Montparnasse 19)

Jacques Becker
1958 -
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Jésus La Caille

Francis Carco
1914 - Albin Michel
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Le Tatoué

Denys de la Patellière
1968 -
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L’étrange docteur Barnes

Alain Boublil
1993 - Albin Michel
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Les Aventuriers de l’art moderne : 1900-1930

Dan Frank, Amélie Harrault, Pauline Gaillard, Valérie Loiseleux - 2015 -

« La bohême, la bohême On était jeunes On était fous La bohême, la bohême Ça ne veut plus rien dire du tout » ainsi s’achève la chanson d’Aznavour ; aujourd’hui la Bohème est un vague souvenir, tandis que les bourgeois bohèmes sont une réalité très en vogue. Pour savoir à quoi ressemblait au quotidien la naissance de l’art moderne dans laquelle Modigliani a tenu l’un des premiers rôles, le visionnage des Aventuriers de l’art moderne, est précieux ; cette mini série, écrite par Dan Frank d’après sa trilogie Bohèmes, Libertad et Minuit, est somptueusement mise en images. Dan Frank a signé en 2015 l’appel des 58 « Nous manifesterons pendant l’état d’urgence ! ». Une rage qui est raccord avec l’esprit de liberté de la Bohème.

Modigliani et Zborowski

Anna Zborowska - 2015 - L’échoppe

Zborowski, dit Zbo, fut le marchand le plus « amateur » de Modigliani. Ils se rencontrèrent au bar La Rotonde à Montparnasse, en 1917, Modigliani venait de quitter un marchand de tableaux chez qui il se sentait mal ; ils se firent confiance. À cette époque, Modigliani a peint ses nus, dont le Nu couché qui a battu le record de Christie’s en 2015. Le livre de souvenirs de la femme de Zbo, raconte le départ à la guerre - Modigliani a voulu s’engager en 1914, mais il a été réformé, sa santé était très fragile, typhoïde à 14 ans, tuberculose à 16 ans - les permissions, et le travail de l’artiste : il ébauche les contours du modèle nu « n’effaçant et ne rectifiant jamais le dessin une fois achevé », puis un court repos, la première cigarette ; à la fin de la journée, le modèle s’en va, Jeanne Hébuterne, sa jeune femme, rentre, Zbo aussi et on dîne. Le talent de ce récit tient à sa simplicité. Attention, ça finit mal !

Brancusi filme

Constantin Brancusi - 1923-1939 -

Lassé de Montmartre où il habitait au Bateau Lavoir, avec Picasso et d’autres, Modigliani rencontre Brancusi à Montparnasse ; leur entente est immédiate, profonde. L’univers de Brancusi, c’est son atelier où ses œuvres se répondent les unes aux autres au point que lorsqu’il en vend une, il en fait une réplique qui prend la place laissée vide. Brancusi filme son travail dans ce documentaire, Man Ray lui a appris à se servir d’une camera. En 1956, Brancusi lègue à l’État l’ensemble de son atelier, œuvres achevées, ébauches, meubles, outils... à la condition qu’il le reconstitue tel qu’il était le jour de sa mort. C’est chose faite par Renzo Piano, l’un des deux architectes du Centre Pompidou. L’atelier est situé sur la piazza Beaubourg ; son accès est libre.

La Ruche : cité des artistes

Sylvie Buisson, Martine Fresia - 2009 - Alternatives

Modigliani, après avoir quitté le Bateau Lavoir à Montmartre, va habiter La Ruche, une cité d’artistes dans le XVe à Paris près des abattoirs de Vaugirard. Parmi ses voisins : Brancusi, Zadkine, Soutine ; Soutine a toujours dit que c’est en regardant les couleurs des poulets décomposés dans son atelier qu’il avait appris à peindre. Ainsi coulait la vie des jeunes artistes à la Ruche, construite en 1902 à l’initiative du sculpteur Alfred Boucher, à partir d’éléments de pavillons recyclés de l’Exposition universelle de 1900. L’histoire de ce lieu à la pointe des avant-gardes est retracée dans ce beau livre écrit par deux historiennes de l’art.

Modigliani : l’œil intérieur

Catalogue de l’exposition au LAM - 2016 - Gallimard

Modigliani fut très soutenu dans son art par Roger Dutilleul, collectionneur de la première heure, dès 1917. Le neveu de Dutilleul est Jean Masurel dont la collection est à l’origine du LAM. Parmi la collection composée de dessins et de peintures, le portrait de Roger Dutilleul montre comment Modigliani transcendait le modèle. Mais ce que l’exposition révèle surtout, ce sont ses sources d’inspiration : l’art khmer aux formes souples et souriantes, et la sculpture de Brancusi. Ceux qui m’aiment prendront le train est le titre d’un film de Chéreau : pour Modigliani, depuis la gare de Lille Flandres, il faut ajouter le métro et le bus, mais quand on aime on ne compte pas !

Musée national des arts asiatiques Guimet

- 2015 - Éditions Artlys

Modigliani a visité avec Paul Alexandre le musée du Trocadéro où il a vu outre les masques africains, les statues khmères. Manifestement, il s’est passé quelque chose, et il suffit d’aller faire un tour au Musée Guimet, pour que ça saute aux yeux : quelle douceur, dans les visages souriant des divinités khmères, quelle rondeur dans leurs bras ; Visnu Haygriva « au cou de cheval » est un mélange de finesse et de drôlerie du Xe siècle. Dans la salle d’à côté, la frise d’un fronton de Bayon du XIIe siècle est si dansante, les seins des Yogi en granit si sexy, que l’on comprend Modigliani. La douceur vient encore d’Angkor !

Afrique noire : masques, sculptures, bijoux

Meyer-Laure - 2010 - Editions Pierre Terrail

« L’art nègre ? Connais pas » est une formule célèbre de Picasso dont le talent hantait Modigliani. À partir des masques, Picasso crée le Cubisme ; Modigliani ouvre une autre voie, fasciné par les longues arrêtes des nez et les courbes des yeux des masques qu’il découvre au musée d’ethnographie, au Trocadéro, où l’emmène Paul Alexandre son premier marchand et ami. Le livre de Laure Meyer aborde les arts de l’Afrique noire de manière thématique : religion, magie, forces occultes, rites, initiation, danses masquées, prestige du chef... Elle analyse comment les artistes africains ont brillamment résolu les problèmes plastiques qu’ils ont rencontrés, laissant sans voix les artistes modernes.

Les amants de Montparnasse (Montparnasse 19)

Jacques Becker - 1958 -

Ce film n’est pas un biopic sur Modigliani, même s’il s’inspire de sa vie pour raconter celle d’un peintre rongé par la maladie et l’alcool. Gérard Philippe ne ressemble pas à Modigliani, mais on le voit avec Anouk Aimée « pris dans une solitude de naufragés » selon Marie-Noëlle Tranchant, critique dans le Figaro hors-série n° 3657. Becker filme comme Modigliani sculpte ou peint, en éliminant les anecdotes. Inspiré du roman Les Montparnos de Michel Georges-Michel, le film devait être tourné par Max Ophüls, mais il est mort en 1957, il souhaitait que Jacques Becker le remplace, le film est sorti en 1958.

Jésus La Caille

Francis Carco - 1914 - Albin Michel

Modigliani aimait boire, il en est mort ; comme tous les alcooliques, il connaissait les bars. La vie de la nuit à Paris des années 1910, ses bars louches, ses filles, ses macs, ses indics et les bourres au bout de la rue, voilà la toile de fond de Jésus La Caille, le premier roman de Francis Carco dont le héros est un gigolo homo. Francis Carco connaît Modigliani qu’il voit fréquemment à La Rotonde à Montparnasse. Les traducteurs se sont arraché les cheveux sur l’argot de Jésus La Caille souvent intraduisible. Modigliani parlait argot ; un soir pour échapper à sa maîtresse Béatrice Hastings, il débarque à moitié nu chez son ami le sculpteur Lipchitz : « Elle voulait me bouffer les balloches. »

Le Tatoué

Denys de la Patellière - 1968 -

Un légionnaire se fait tatouer un dessin de Modigliani dans le dos ; par hasard, il rencontre un antiquaire qui veut acheter sa peau. Ce roman méconnu d’Alfonse Boudard, Gégène le tatoué, a inspiré Le Tatoué, un film qui voit s’affronter Louis de Funès et Jean Gabin. L’antiquaire est très riche et la scène avec le légionnaire où les enchères faites sur la peau de son dos n’en finissent pas de monter, est hallucinante. Dans la « vraie vie », Liu Yiqian s’est offert en novembre 2015, par téléphone, le Nu couché de Modigliani pour 170,4 millions de dollars chez Christies’s à New York. Hallucinant également.

L’étrange docteur Barnes

Alain Boublil - 1993 - Albin Michel

Portrait d’un collectionneur d’art américain Albert Barnes possède 18 Modigliani dans son immense collection. Né en 1872, fils d’un garçon boucher dans les quartiers pauvres de Philadelphie, il devient millionnaire à 36 ans, grâce à son activité d’industriel et de chimiste. Passionné d’art, il fréquente à Paris les Stein, Vollard, Durand-Ruel, Paul Guillaume. La fondation Barnes possède aujourd’hui deux musées à Philadelphie. L’anticonformisme du Dr Barnes fait partie du personnage décrit par Alain Boublil, un haut fonctionnaire français. Pour Modigliani, l’argent ne comptait pas, pour Barnes, si, il doit servir à aider les jeunes ouvriers de ses usines à avoir accès à la culture.

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