Vive la Culture ! c'est 748 sélections culturelles et 8698 oeuvres choisies par nos journalistes.

Gérard Guégan

la playlist

Ecrivain, journaliste, critique de cinéma – il a défendu Clint Eastwood à l’époque de son premier film Play Misty for Me, en 1968 Gérard Guégan crée les Éditions Champ Libre avec Gérard Lebovici et Alain Le Saux, puis, en 1974, il relance les éditions du Sagittaire avec Raphaël Sorin. Depuis Fontenoy ne reviendra plus (Prix Renaudot Essai 2011), Gérard Guégan écrit des romans qui s’appuient sur des faits historiques « pour comprendre de quoi nous sommes faits et à quoi tiennent nos destinées ». Karatéka accompli, Gérard Guégan a traversé soixante années de la vie culturelle française en étant systématiquement contre, en opposition. Il est notre invité à l’occasion de la sortie de son roman Nikolaï le bolchévik amoureux aux éditions Vagabonde.

La messe est finie

Nanni Moretti
2003 -
En savoir plus

Buongiorno, notte

Marco Bellocchio
2003 -
En savoir plus

Ozark

Bill Dubuque
2017 - Netflix
En savoir plus

Nikolaï le bolchevik amoureux

Gérard Guégan
2019 - Vagabonde
En savoir plus

Devant la mort

Hervé Prudon
2018 - Gallimard
En savoir plus

Journaux intimes

Benjamin Constant
1895 - Folio
En savoir plus

Rendez-vous à Samarra

John O’Hara
1934 - L'Olivier
En savoir plus

10, rue Frederick

Philip Dunne
1958 -
En savoir plus

Concerto pour chœur

Alfred Schnittke
1985 -
En savoir plus

Les joueurs

John Dahl
1998 -
En savoir plus

La Mule

Clint Eastwood
2018 -
En savoir plus

L’année du dragon

Michael Cimino
1985 -
En savoir plus

La messe est finie

Nanni Moretti - 2003 -

J’ai tout aimé de Nanni Moretti. Depuis le début. Au fond, en plus d’être un cinéaste, c’est un camarade pour moi. Je partage un certain nombre de ses idées. Santiago, Italia est un documentaire sur la façon dont l’ambassade d’Italie à Santiago a ouvert ses portes aux opposants à Pinochet, les empêchant de se faire tuer. Ce film va en surprendre plus d’un. On n’est plus à Rome à se balader sur un scooter. C’est comme si pour Moretti, à la fin, il s’agit de se heurter la réalité. C’est un homme que j’aime vraiment beaucoup.

Buongiorno, notte

Marco Bellocchio - 2003 -

Un soir, j’ai revu ce film sur l’enlèvement d’Aldo Moro et, d’une certaine manière, c’est le film qui m’a donné envie d’écrire mon livre sur Boukharine. Ce film est d’une précision chirurgicale dans la reconstitution des évènements sur lesquels on sait beaucoup de choses maintenant. Et la fin qu’imagine Bellocchio – Aldo Moro, profitant de l’endormissement de ses ravisseurs, marchant au petit matin dans Rome – m’a fait penser au fait que Boukharine aurait pu rester en France au lieu de rentrer à Moscou. Il avait le choix.

Ozark

Bill Dubuque - 2017 - Netflix

Ozark est une série assez drôle. Je me demande juste comment ils vont tenir une troisième saison. J’ai eu le choc des Soprano, The Wire, Urgences… et dans ces séries c’est la matière scénaristique qui justifiait le développement et le nombre des saisons. Maintenant, on sent parfois que les impératifs de succès l’emportent sur l’histoire.

Nikolaï le bolchevik amoureux

Gérard Guégan - 2019 - Vagabonde

« Je suis pour améliorer l’histoire. Je suis pour introduire autre chose. C’est pour ça que j’écris des récits qui sont prétendument des romans mais qui le sont assez peu puisque tout se réfère quand même à une enquête très sérieuse que je mène chaque fois. » Depuis Fontenoy ne reviendra plus (Prix Renaudot Essai 2011), Gérard Guégan applique son précepte en puisant ses sujets dans les périodes troubles de l’Histoire. Ici, il imagine qu’en mars 1936, Nikolaï Boukharine, jadis l'enfant chéri du Parti selon Lénine, se sait au bord du gouffre. Or, voici que Staline l'appelle et lui donne l'ordre de se rendre en France afin de négocier l'achat des manuscrits de Marx, alors aux mains des socialistes allemands en exil. Est-ce une invitation à l'exil ?

Devant la mort

Hervé Prudon - 2018 - Gallimard

J’ai trouvé ses poèmes formidables. Hervé Prudon aurait pu être un auteur des éditions du Sagittaire si la maison n’avait pas arrêté avant. C’était quelqu’un que j’aimais beaucoup et qui était un grand poète. Son roman Nadine Mouque va être réédité. C’est de la poésie à l’état pur. Au même moment, les gens des éditions Tel Quel, en supprimant les points et les virgules, essayaient de faire la chose qui serait comparable à la peinture contemporaine. Mais ça sentait l’huile de coude tout ça ! Tandis que les derniers poèmes de Prudon, qu’il a écrits alors qu’il était très malade, en regardant la rue, la télé, en attendant la mort, sont absolument magnifiques. Ça me bouleverse totalement.

Journaux intimes

Benjamin Constant - 1895 - Folio

Qu’est-ce que c’est actuel ! Combien de Macron traversent ces pages ! Si un jeune romancier voulait faire œuvre, il n’y a jamais eu d’époque aussi romanesque que la nôtre. Tous les sujets sont là.

Rendez-vous à Samarra

John O’Hara - 1934 - L'Olivier

John O’Hara est un journaliste qui a écrit sept ou huit romans dont la plupart ont été adaptés au cinéma, mais souvent par de mauvais cinéastes. Sur le plan de la liberté sexuelle et de la création de personnages féminins émancipés, dès les années trente, c’est foudroyant. Elles existent autant par la tête que par leur physique. C’est assez étonnant dans cette Amérique si puritaine. C’est pour ça que ça plaisait tant à Hemingway, lui qui était si coincé dès qu’il s’agissait de sexe dans ses romans. Pour lui, énoncer le fait suffisait, alors que O’Hara rentrait dedans. O’Hara était très pote avec Faulkner et Fitzgerald qui buvaient tous beaucoup. Et c’était pourtant l’époque de la Prohibition !

10, rue Frederick

Philip Dunne - 1958 -

10, rue Frederick est la moins mauvaise des adaptations faites d’un roman de O’Hara. C’est peut-être parce qu’il y a la présence de Gary Cooper et qu’il va bientôt mourir. Le spectateur le sent. Un jour, sur le tournage, il discute avec Hemingway avec qui il était ami et lui dit qu’il n’en avait plus pour très longtemps, qu’il partirait avant lui. Effectivement, il est mort d’un cancer foudroyant quelques semaines avant le suicide d’Hemingway. 10, rue Frederick est l’histoire d’un type qui quitte sa femme, rend visite à sa fille à New York et qui tombe amoureux de la colocataire de sa fille, jouée par Suzy Parker, le mannequin vedette des années cinquante, dont on ne peut que tomber raide amoureux.

Concerto pour chœur

Alfred Schnittke - 1985 -

Schnittke est un musicien contemporain russe qui est mort dans les années soixante-dix. Pour certains il est inécoutable, pour moi c’est un des grands de la musique contemporaine.

Les joueurs

John Dahl - 1998 -

J’ai beaucoup joué au poker, mais depuis que je vis à la campagne, c’est la belote. La belote, c’est un jeu de copains. Le poker, c’est un jeu de tueurs. Il vaut mieux ne pas connaître les joueurs avec lesquels on joue. Bien que des joueurs disent qu’ils sont des bons, il y a un facteur qu’il ne faut pas oublier : la baraka, la chance. Il faut la faire fructifier, déployer une stratégie, mais c’est une stratégie limitée par rapport aux échecs, par exemple. C’est celui qui tient, celui qui résiste, qui gagne. Celui qui gagne c’est celui qui ne doute pas. Tout ça est difficile à filmer.

La Mule

Clint Eastwood - 2018 -

Je me souviens que, quand j’écrivais des papiers sur les premiers films de Clint Eastwood dans Les Nouvelles Littéraires, je prenais plus d’insultes que de compliments. A l’époque, je faisais aussi ça par provocation. Le tournant, en France, c’est l’hommage qui lui a été rendu à la Cinémathèque dans les années quatre-vingt. J’ai préféré American Sniper (2014) à La Mule. Mais je changerai peut-être d’avis en le revoyant. On change moins d’avis sur la peinture ou la lecture, qu’on ne change d’avis sur le cinéma. On peut avoir mal à la tête le jour de la première vision et avoir un autre regard quelque temps plus tard.

L’année du dragon

Michael Cimino - 1985 -

C’est sublime ! J’ai failli me battre physiquement pour ce film. La fois d’avant c’était pour Hatari ! de Hawks (1962). Pour moi, c’est ça le cinéma. Le cinéma en action. Michael Cimino est le dernier cinéaste que j’ai rencontré. En 2005, j’étais allé assister à sa master class au Max Linder à Paris – en payant ma place – présentée par Michel Ciment et en présence d’Isabelle Huppert son actrice dans La porte du Paradis. Je buvais un verre dans un café à côté du cinéma et Michel est venu me le présenter. C’est un dernier grand du cinéma américain.

se connecter

Créer votre compte

Vous aurez la possibilité de créer votre médiathèque et sauvegarder les oeuvres de nos sélections
Voulez-vous vous inscrire à notre Newsletter hebdomadaire ?