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Nicolas Mathieu

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Après Aux animaux la guerre (Actes Sud 2014) et Leurs enfants après eux Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu publie aujourd’hui, toujours chez Actes Sud, Connemara, son troisième roman, dans lequel deux personnages, Hélène et Christophe, dont les chemins se sont croisés une première fois à l’adolescence, se retrouvent vingt-cinq ans plus tard. Cette histoire, éminemment romanesque, est pour Nicolas Mathieu l’occasion de revenir sur ce qu’est une classe sociale, ce que ça coûte de chercher à s’en extraire. De sa sélection il dit : ”Je n’ai pas donné des exemples qui appartiennent à la culture légitime. Je ne cherche pas à faire croire que je lis Proust en écoutant Mozart.

Connemara

Nicolas Mathieu
2022 - Actes Sud
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Malaterre

Pierre-Henry Gomont
2018 - Dargaud
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Le Petit Bleu de la côte Ouest

Jean-Patrick Manchette
1976 - Gallimard - Folio
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Vanda

Marion Brunet
2020 - Albin Michel
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La Constellation du Chien

Peter Heller
2012 - Actes Sud – Babel
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Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu
2018 - Actes Sud
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La Passion selon saint Matthieu

JS Bach, John Eliot Gardiner
1736 /2016 -
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Sounds of Silence

Sounds of Silence
1964 - Columbia
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Olympia 1964

Jacques Brel
1964 - Barclay
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Un Homme nommé Cheval

Elliot Silverstein, Richard Harris
1970 - Carlotta films
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Rocky

John G. Avildsen, Sylvester Stallone
1977 -
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Connemara

Nicolas Mathieu - 2022 - Actes Sud

Hélène, quarante ans et une vie professionnelle réussie, est ce que les sociologues appellent une transfuge de classe, une personne qui s’arrache à la prédestination sociale de son milieu d’origine. De retour dans sa petite ville natale des Vosges, elle recroise le chemin de Christophe qui, lui, n’a pas bougé, et par lequel elle fût attirée à l’adolescence. Ces chemins qui se recroisent vont être l’occasion, pour l’un comme pour l’autre, de se poser la question de la réussite, du poids des rêves que l’on a enterrés, et de mesurer la part de ce qui est encore vivant en eux. Un livre romanesque et diablement politique.

Malaterre

Pierre-Henry Gomont - 2018 - Dargaud

J’ai toujours beaucoup de goût pour la bande dessinée même si j’en lis moins qu’autrefois. Lire une BD, c’est à la fois un délice et une souffrance. Parce qu’on est pris dans l’allant du récit, on a envie de tourner les pages, mais on est aussi retenu par la magnificence du dessin et de la composition de la page. Et chez Pierre-Henry Gomont, c’est exactement ça. Tout est tellement bien fait, il a tellement de solutions originales pour l’expressivité de ses personnages, pour transmettre l’histoire, qu’il faudrait la relire trois, quatre fois pour se laisser porter par le récit et pour admirer les cases belles comme des vitraux. C’est une joie et une souffrance.

Le Petit Bleu de la côte Ouest

Jean-Patrick Manchette - 1976 - Gallimard - Folio

Dans ma vie, il y a un avant et un après Manchette. J’ai adoré le lire et je le relis sans cesse. C’est en lisant ses chroniques sur le roman noir que je me suis dit que c’était ça que je voulais faire. Mon premier roman (Aux animaux la guerre) est un roman noir. Le Petit Bleu de la côte Ouest, qu’on pourrait prendre pour un roman de gare, qu’on lit en une heure, est en fait un tour de force magnifiquement écrit. Rien que l’incipit sur le périphérique, c’est une synthèse de la littérature, moderne comme Blanchot, c’est de l’aventure aussi bien qu’un polar, c’est drôle, c’est entraînant… Il y a vraiment tout chez lui. Un écrivain comme Jean Echenoz, qui ne s’en cache pas, doit beaucoup à Manchette pour son style.

Vanda

Marion Brunet - 2020 - Albin Michel

Je pense que c’est le meilleur roman de Marion Brunet qui vient de la littérature jeunesse. Son écriture est ciselée, c’est vif, direct, tendu, c’est un merveilleux roman sur les rapports entre une mère et son fils. Attention, on n’est pas dans les blogs de mamans, on est plus près de La Route de McCarthy. Ici les mères sont des louves, toi et moi contre le reste du monde.

La Constellation du Chien

Peter Heller - 2012 - Actes Sud – Babel

Ça fait un moment que j’avais ce bouquin chez moi et que j’avais le projet de le lire. C’est un livre qui colle parfaitement à l’actualité. C’est un livre post-apocalyptique, parano, et en même temps assez pastoral, bucolique, la fin d’un monde dans les grands espaces. C’est une merveille. Depuis le confinement, j’ai eu de la peine à lire. J’étais très préoccupé, et La Constellation du Chien est le livre qui m’a remis le pied à l’étrier.

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu - 2018 - Actes Sud

Entre 1992 et 1998, on suit des personnages qui poussent dans une vallée perdue de Lorraine. Les hauts-fourneaux se sont tus. Les jeunes tuent l’ennui en éclusant des bières et en matant les filles. Ils écoutent Nirvana. Ils boudent et se bagarrent. Ils s’habituent à la fumette. Ils rêvent de « foutre le camp »…

La splendide chronique de Leurs enfants après eux se décompose en quatre étés. Soit des variations autour de l’impossibilité à prendre son envol, qui a fourni tant de trames aux romans noirs. Cependant, le récit de formation proposé par Nicolas Mathieu n’exsude ni misérabilisme ni nostalgie. C’est un écrivain, qui excelle à décrire les peaux qui se rapprochent et les ambitions qui s’éloignent, qu’ont récompensé les jurés Goncourt.

Macha Séry – Le Monde

La Passion selon saint Matthieu

JS Bach, John Eliot Gardiner - 1736 /2016 -

Je n’ai pas de culture particulière de la musique savante, mais La Passion selon saint Matthieu, pour des raisons que j’ignore, me touche au plus profond. Ça me vient peut-être de mon éducation catholique, mais la Passion de Pasolini me touche aussi. Il y a là-dedans une verticalité, un rapport à autre chose qui m’émeut. Voilà.

Sounds of Silence

Sounds of Silence - 1964 - Columbia

Il y a aussi des chansons qui me suivent depuis tout petit. Mon père écoutait Simon and Garfunkel tout le temps dans la voiture quand on partait en vacances. Et puis c’est la bande-son du Lauréat (The Graduate, Mike Nichols 1967 avec Dustin Hoffman) qui est un des films que je préfère au monde.

Olympia 1964

Jacques Brel - 1964 - Barclay

Mon roman Leurs enfants après eux (prix Goncourt 2018) a infusé dans The River de Springsteen, et dans celui sur lequel je suis en train de travailler, il y a quelque chose de flamand où le tragique et le grotesque, le drame et la fête se côtoient… Un peu comme chez Bruegel ou Brel dans Le Port d’Amsterdam.

Un Homme nommé Cheval

Elliot Silverstein, Richard Harris - 1970 - Carlotta films

C’est un film que j’adore. Un récit de captivité chez les Indiens comme il y en a des dizaines dans les westerns, mais ici, c’est le récit du colon qui devient l’autre. C’est un type de cinéma que j’aime bien, sans effets, presque de série B, c’est sec, il n’y a rien qui dépasse, c’est parfaitement réussi. Et puis, il y a Richard Harris. Il fait partie d’une petite bande d’acteurs anglais que j’adore avec Richard Burton, Peter O’Toole, Oliver Reed, ces comédiens qui ont fait des films fantastiques et qui étaient de grands buveurs. Ils étaient aussi proches du mouvement littéraire des Angry Young Men. En fait, parler de ce film, c’est pour moi l’occasion de parler d’un tas de choses que j’adore.

Rocky

John G. Avildsen, Sylvester Stallone - 1977 -

C’est peut-être le film que j’ai vu le plus grand nombre de fois dans ma vie. Serge Daney disait que le cinéma, c’est l’enfance ; et je crois que si on perd ses dilections d’enfant, on perd quelque chose du plaisir qu’il y a à aimer le cinéma. A sept ans, quand j’ai vu Rocky pour la première fois, ce fut un choc. Je suis un môme, et je me dis : je veux être fort comme ça, tenir comme lui, avoir ce corps-là. Je pense que pour beaucoup de gamins qui l’ont vu à cette époque et au même âge, Rocky a fonctionné de cette manière, comme un modèle de masculinité. Je l’ai revu dix, quinze fois depuis et il y a derrière une éthique prolétarienne qui me plaît encore aujourd’hui. Rocky, ce n’est pas un virtuose, il n’est jamais le meilleur. C’est celui qui s’accroche, qui tient, celui qui est dur au mal. Il y a une phrase dans le troisième opus : “ and at the end, you will be the one standing”. Ce serait ça une morale à la portée de ceux qui ne partent pas gagnants : rester debout. Je sais qu’à divers moments de mon existence, cette idée m’a tenu la tête hors de l’eau.  

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