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Faire et refaire

la playlist

Mais qu’est-ce qui a poussé Steven Spielberg, un réalisateur aux succès si considérables qu’il ne viendrait à aucun patron de studio ou de plateforme de VOD l’idée de lui refuser un projet, mais qu’est-ce qui a donc poussé Steven Spielberg à refaire West Side Story, le succès de Robert Wise, aux dix Oscar et aux millions de spectateurs et téléspectateurs ? Cette question, à laquelle nous n’avons pas de réponse, nous a toutefois donné l’idée de plonger dans cette thématique du remake, du refaire, cet exercice d’admiration, de réappropriation, parfois même de dépassement de l’original. Une sélection que nous n’avons pas refaite, mais qui reste subjective, totalement subjective.

Les infiltrés

Scorsese Martin, Leonardo Dicaprio, Matt Damon
2007 - Tf1 studio
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De battre mon coeur s'est arrêté

Jacques Audiard, Romain Duris, Niels Arestrup
2004 -
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Sorcerer

William Friedkin, Roy Scheider, Bruno Cremer
1977 - La rabbia
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La fille du désert

Raoul Walsh
1949 - Warner
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Givin' it back

The Isley Brothers
1971 -
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Scarface

Brian De Palma
1984 - Universal Pictures
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Le facteur sonne toujours deux fois

Bob Rafelson, Jack Nicholson, Jessica Lange
1981 -
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À bout portant

Don Siegel, Angie Dickinson, Lee Marvin, John Cassavetes
1964 - Carlotta Films
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La Mouche

David Cronenberg, Jeff Goldblum, Geena Davis
1986 - 20th Century studios
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West Side Story

Robert Wise, Jerome Robbins
1961 - MGM / United Artists
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Love On The Beat

Alex Beaupain, Serge Gainsbourg
2021 - BECAUSE
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Psycho

Gus Van Sant
1998 - Universal
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Les infiltrés

Scorsese Martin, Leonardo Dicaprio, Matt Damon - 2007 - Tf1 studio

Pas d’hésitation possible, les deux versions de cette même histoire sont à voir et à revoir. Faire et refaire, voir et revoir. Soyons sentencieux pour une fois, seul un réalisateur de talent comme Scorsese pouvait réussir le tour de force de refaire avec brillo le Infernal Affairs (2002) réalisé par Andrew Lau et Alan Mak, sommet de construction narrative, de mise en scène et d’interprétation avec Tony Leung, Andy Lau, Anthony Wong et Eric Tsang, auxquels répondent Leonardo Dicaprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Mark Wahlberg. Impossible de choisir on vous dit.

De battre mon coeur s'est arrêté

Jacques Audiard, Romain Duris, Niels Arestrup - 2004 -

De battre mon coeur s'est arrêté, où comment tirer d’un film de série B, Mélodie pour un tueur (Fingers) de James Toback (1978), intéressant mais auquel il manque le souffle qui fait les grands films, un remarquable remake, tendu, à la mise en scène rigoureuse, avec des personnages incarnés (Romain Duris en tête), là où Harvey Keitel, immense acteur s’il en est, est laissé en roue libre. Deux versions de la même quête d'une rédemption difficile à atteindre, même à travers la musique de Bach. 

Sorcerer

William Friedkin, Roy Scheider, Bruno Cremer - 1977 - La rabbia

Quand il attaque le remake du film de Henri-Georges Clouzot Le Salaire de la peur (1953), William Friedkin est assis sur le toit du monde puisqu'il a réalisé coup sur coup French Connection (1971), et L’Exorciste (1973), deux films aux succès considérables et qui font de Friedkin une poule aux œufs d’or convoitée par tous les studios hollywoodiens. Mais patatra, Sorcerer, film au tournage pharaonique (voir la présentation du film par Jean-Baptiste Thoret) est une énorme plantade. Et pourtant, c’est d’après les spécialistes, peut-être son meilleur film. Alors pourquoi ? Certainement qu’à la veille de la sortie de Star Wars, les attentes du public ont changé, ce dont conviendra Friedkin des années plus tard. Pour l'anecdote, dans les rôles tenus par Yves Montand et Charles Vanel dans le film de Clouzot, il devait y avoir Steve McQueen, Lino Ventura et Marcello Mastroianni, qui seront remplacés par Roy Scheider, Bruno Cremer et Amidou, tous formidables au demeurant. Un grand film d'aventure où la morale reste un concept assez flou...

La fille du désert

Raoul Walsh - 1949 - Warner

Cas d'école assez rare, on est ici en présence d'un réalisateur qui a réalisé les deux versions d'un même film, à huit ans d'intervalle, et dans deux genres différents. Dabord High Sierra, avec Humphrey Boggart et Ida Lupino, en 1941, sur un scenario de John Huston, un film noir qui se passe dans les années quarante. Puis La fille du désert, avec Joel McCrea, Virginia Mayo, Dorothy Malone, un western considéré aujourd’hui comme l'un des grands classiques du genre, et entré dans le cercle très fermé des films que Martin Scorsese a évoqués au cours de son Voyage à travers le cinéma américain. L'un n'empêche pas l'autre.

Givin' it back

The Isley Brothers - 1971 -

En 1971, l’Amérique est un pays au bord de l’éruption. Les manifestations pour les droits civiques et contre la guerre du Viêt Nam sont réprimées avec une violence rarement vue  dans une démocratie, comme ce jour du printemps 1970 où, sur le campus de l'université d'État de Kent, la Garde nationale de l'Ohio a tiré à 67 reprises sur des étudiants qui manifestaient pacifiquement, tuant quatre d’entre eux. Plutôt étiquetés groupe Soul et Rythm Blues, les Isley Brothers, groupe en activité depuis les années cinquante, enregistrèrent Givin' It Back, un album de reprises de titres plutôt folk-rock (Stephen Stills, War, James Taylor, Bob Dylan) dont le premier morceau Ohio/Machine Gun, (Neil Young mixé avec Hendrix) est un rappel brutal de la colère de l'époque. Un sommet de l'histoire de la pop. Pas moins.

Scarface

Brian De Palma - 1984 - Universal Pictures

Transposé en Floride dans la communauté des émigrés cubains du début des années quatre-vingt, le Scarface de Brian De Palma va faire du personnage central du Scarface de Howard Hawks (1932), un monstre qui échappe à ses créateurs pour mieux les prendre à leur propre jeu. Au pays de la libre entreprise, de la loi du marché et de la réussite individuelle érigée comme valeur suprême par le président Reagan et ses thuriféraires, Tony Montana, la petite frappe cubaine chassée de son île par Castro trop content de vider ses prisons en envoyant ses pires condamnés de droit commun en Amérique, Tony Montana (Al Pacino au sommet) va donc parfaitement intégrer les règles de la loi du marché et de la libre concurrence : la loi c’est la sienne, le marché ça se prend, la concurrence ça s’élimine. Des principes que les caïds du monde entier adoptèrent avec célérité, et qui firent de Tony Montana leur saint patron.

Le facteur sonne toujours deux fois

Bob Rafelson, Jack Nicholson, Jessica Lange - 1981 -

Le facteur sonne toujours deux fois (adapté du roman de James McCain), c’est l’histoire banale d’un quidam qui passe par hasard là où on ne l’attend pas, et qui croit au père Noël quand il est déguisé en Lana Turner dans la version de 1946 réalisée par Tay Garnett, et en Jessica Lange dans la version de Bob Rafelson (1981). Comment ne pas comprendre que John Garfield et Jack Nicholson cèdent à la tentation ? En plus de la couleur, la version de Bob Rafelson offre, avec la fameuse scène de la cuisine, un avant goût du thriller érotique qui culminera, dix ans plus tard, avec Basic Instinct.

À bout portant

Don Siegel, Angie Dickinson, Lee Marvin, John Cassavetes - 1964 - Carlotta Films

Les Tueurs de Richard Siodmak (1945), et À bout portant de Don Siegel, sont tous deux adaptés de la même nouvelle d’Ernest Hemingway. L’histoire est simple. Deux tueurs arrivent dans une ville pour liquider un homme qui le sait, mais qui décide de ne pas s’enfuir. Si on peut parfois préférer la version originale d'un film, ou bien son remake, difficile ici de faire un choix. Dans la version de Siodmak - noir et blanc - on vous propose Burt Lancaster et Ava Gardner, dans celle de Don Siegel : Angie Dickinson, Lee Marvin, John Cassavetes et en prime Ronald Reagan. Deux incontournables.

La Mouche

David Cronenberg, Jeff Goldblum, Geena Davis - 1986 - 20th Century studios

Le cinéma fantastique est certainement le genre qui à généré le plus de remake. Souvent parce que la technique des effets spéciaux permettait d’offrir un spectacle plus effrayant, plus étonnant, plus fascinant, ou même plus réaliste à mesure que progresse la science. C’est la cas de La Mouche de Cronenberg, adaptation de la Mouche Noire de Kurt Neumann sorti en 1958. Si le début des deux films est semblable, un chercheur travaille sur la téléportation et alors qu’il se livre à une expérimentation sur lui-même, il ne voit pas qu’une mouche est entrée dans sa machine, chez Cronenberg, dont la transformation des corps est un des thèmes centraux de sa filmographie, on assiste à la transformation du pauvre Jeff Goldblum en une créature... peu ragoutante.

West Side Story

Robert Wise, Jerome Robbins - 1961 - MGM / United Artists

Avant d’être un film, cette relecture de Roméo et Juliette transposée dans le New York de la fin des années cinquante fut d’abord une comédie musicale signée Leonard Bernstein et Stephen Sondheim (disparu le 26 novembre dernier). Puis Robert Wise et Jerome Robbins (en charge de la chorégraphie) en firent le succès mondial que l’on connaît. Et aujourd’hui Steven Spielberg. Ce que l’on sait, c’est que le projet lui trottait dans la tête depuis longtemps. “J’avais 10 ans quand j’ai découvert la musique de WEST SIDE STORY, et celle-ci m’a marqué à jamais. J’ai réalisé mon rêve et tenu la promesse que je m’étais faite de réaliser cette adaptation.” Dans les salles le 8 décembre.

Love On The Beat

Alex Beaupain, Serge Gainsbourg - 2021 - BECAUSE

En musique l’exercice de la reprise est un passage quasi obligé, dans tous les genres : classique, jazz, rock ou variété. Certains ont enregistré un album entier de reprises d’un même artiste, mais peu ont refait entièrement un album du premier au dernier morceau. Alain Bashung s’était prêté à l'exercice, en 2011, en reprenant L’Homme à la tête de chou de Serge Gainsbourg. Aujourd’hui, c’est Alex Beaupain qui s’est attaqué à Love on the beat (1986), peut-être l'album  le plus controversé de Gainsbourg. Même la pochette a fait l'objet d'un remake. “Il fallait respecter l’esprit et en même temps essayer de le porter un peu ailleurs. C’est un exercice d’humilité qui oblige, paradoxalement, à prendre l’œuvre à bras-le-corps” Alex Beaupain dans Télérama

Psycho

Gus Van Sant - 1998 - Universal

Alfred Hitchcock lui-même s’est prêté à l’exercice du remake avec L’Homme qui en savait trop, qu’il a réalisé une première fois en Angleterre en 1934, puis à Hollywood en 1956 avec James Stewart et Doris Day. C’est Psychose, le film le plus connu du roi du mystère, que Gus Van Sant a choisi de refaire à l'invitation des studios Universal. Il en livre une version  qui tient plus d’une œuvre conceptuelle que d’un film grand public. S’il passe à la couleur, Gus Van Sant reste fidèle à l’original en retournant scrupuleusement chaque plan et en suivant le scénario à la lettre. Il se permettra juste quelques scènes supplémentaires. Ni pastiche, ni parodie, le film de Gus Van Sant tient plutôt d'une copie au sens classique de l'histoire de la peinture, comme Picasso reprenait Le déjeuner sur l'herbe de Manet ou les Ménines de Velasquez.  

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