Il n’y a pas très longtemps que j’ai lu Martin Eden. Je trouve passionnant le regard que porte Jack London sur le malentendu qu’il y a entre un auteur et son lecteur. Sur la solitude de l’écrivain entre ses moments d'errance et ses moments d’extase. Dans le roman, Martin Eden se met à écrire alors que rien ne le destine à ça. Il apparaît comme buté, fou, obsessionnel, qui malgré les échecs persévère, et qui finit par rencontrer le succès. Le moment où il se rend compte que d’un coup on l’aime, on l’admire, provoque chez lui comme un effondrement intérieur. On comprend comme lui qu’il avait un temps d’avance sur la réception de son œuvre. On sent bien toute la mélancolie qui se dégage de la reconnaissance qu’on peut avoir sur un retour de lecture, parce que pour l’auteur, le livre dans sa forme achevée c’est quelque chose qui a déjà disparu. Pour Jack London, Martin Eden est comme un double. Comme à la fin du roman Martin Eden se suicide, London disait qu’il n’avait pas besoin de le faire parce que son double l’avait fait à sa place.