L’adaptation de 2666, le roman fleuve de Roberto Bolaño - près de mille pages - qu’en a faite Julien Gosselin durait une douzaine d’heures. J’avoue que j'appréhendais un peu en entrant dans la salle, surtout que je n’avais rien lu de Bolaño. Ça a été une expérience de théâtre totale. Julien Gosselin arrive à nous prendre, à nous happer, à tenir sur la durée une forme d’intensité qui va faire qu’on ne va pas lâcher, qu’on ne va pas décrocher. Julien Gosselin a acté qu’on vit dans un monde dans lequel on est saturé d’informations, que notre attention est en permanence diffractée, et c’est ce qu’il reproduit sur scène. À certains moments on va avoir une musique très présente, un écran avec des scènes filmées, une voix off, et sur scène les acteurs. Il sature l’espace scénique. Ça crée une tension. Les comédiens parlent avec un débit rapide, ça se bouscule, ça va vite. Longtemps après ce spectacle m’a habitée, j’ai eu l’impression d’avoir vécu quelque chose avec ces personnages.