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La sélection de Simon Fichet

la playlist

Journaliste et réalisateur, Simon Fichet s’est embarqué dans une chasse un peu particulière, la chasse à la tornade. Plutôt, il a accepté, avec un peu de réticence, d’accompagner aux États-Unis un collègue pour suivre ces fameux chasseurs de tornades, ces monstres d’eau et de vent capables de balayer des quartiers entiers et d’envoyer balader des SUV de plusieurs tonnes, ou des toitures et les murs qui les soutiennent à plusieurs kilomètres. Tornade est un récit captivant, haletant, qui nous rappelle aussi qu’il ne faut jamais se lancer à l’aventure sans une réserve de rouleaux de scotch très résistant… Avant de repartir à l’autre bout du monde, Simon Fichet nous a confié sa sélection. Bon voyage.

Tornade ; À la poursuite du monstre des plaines américaines

Simon Fichet
2024 - Marchialy
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MTV Unplugged In New York

Nirvana
1993 -
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OK Computer

Radiohead
1997 - EMI
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Masterpiece

Big Thief
2013 - Saddle Creek Records
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Inner Symphonies

Hania Rani
2021 - Deutsche Grammophon
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Paris, Texas

Wim Wenders
1984 - Carlotta Films
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La Leçon de piano

Jane Campion
1999 - TF1 Studio
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Danse avec les loups

Kevin Costner
1990 - Pathé
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Take Shelter

Jeff Nichols
2011 - Ad Vitam
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La Place

Annie Ernaux
1983 - Folio
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Sur la route

Jack Kerouac
1957 - Folio
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L'Odyssée de l'Endurance

Sir Ernest Shackleton
1919 - Libretto
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Chroniques martiennes

Ray Bradbury
1950 - Denoël
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Tornade ; À la poursuite du monstre des plaines américaines

Simon Fichet - 2024 - Marchialy

« Je sors l'œil de mon viseur et regarde à travers le pare-brise : un vaisseau noir flotte seul dans le ciel bleu. Jamais encore je n'avais vu un tel monstre, large comme une ville, sombre comme les ailes d'un vautour. » Tornade, ou l’art de faire 10 000 km pour rapporter des images exceptionnelles, mais aussi un excédent de bagage imprévu ; une peur traumatique des orages. Tornade est un récit captivant… qui décoiffe.

MTV Unplugged In New York

Nirvana - 1993 -

Aujourd’hui, quand je vois des gens avec des T-shirt Nirvana, je me demande s’ils savent à quel point Kurt Cobain a été important pour ma génération. Il représentait le loser qui prenait sa revanche, le type d’un coin paumé qui, avec une musique exigeante, violente, sincère, hurlait sa détresse et touchait les cœurs et les estomacs. Le succès de Nevermind l’avait mis mal à l’aise par rapport à son milieu musical d’origine, le punk-rock. Deux ans plus tard, il enregistrait In Utero, un album brut, et dans la foulée acceptait la proposition de faire un concert pour la série MTV Unplugged, dont le principe était de jouer live et en acoustique. Il avait tout à perdre. La veille du concert, l’unique répétition prévue avec ses musiciens se passe très mal, mais le lendemain, il délivre un concert d’anthologie qu’il termine la reprise de Leadbelly « Where did you sleep last night », comme si toute sa vie l’avait amené là. C’est aussi avec cet album que j’ai commencé la guitare, passion qui ne m’a pas quitté depuis.

OK Computer

Radiohead - 1997 - EMI

Après la mort de Kurt Cobain, ma génération s’est retrouvée orpheline. Il y avait bien Oasis, Blur, Pearl Jam, les Smashing Pumpkins, mais c’est OK Computer qui a tout emporté, comme si cet album était tombé d’une autre planète. Radiohead était pourtant un groupe classique - guitares, basse, batterie - mais rien n’était pareil. Aujourd’hui encore cet album est hors du temps, avec ses ballades sophistiquées qui racontent un monde froid, mécanique, vide de sens, dirigé par des hommes en costumes, des gouvernements qui nous ignorent… Je l’écoute régulièrement, et à chaque fois une chanson devient ma favorite. En ce moment, c’est “No surprises”. Peut-être l’effet de la quarantaine !

Masterpiece

Big Thief - 2013 - Saddle Creek Records

Big Thief est le meilleur groupe indé de ces dernières années, emmené par sa prolifique et charismatique auteure/compositrice Adrienne Lenker. La voir en concert est juste un moment incroyable. Cette femme, si timide à première vue, déborde de puissance et d’émotion. Je vais souvent en concert, et je n’ai que très rarement vu un tel phénomène sur scène. Entre le groupe et sa carrière solo, elle sort presque un album par an. Masterpiece est leur premier album, il y en a eu 4 depuis, tous très bons.

Inner Symphonies

Hania Rani - 2021 - Deutsche Grammophon

En écrivant Tornade, j’ai beaucoup écouté de la musique au casque pour me couper du monde et me concentrer. Dans ces moments, les chansons avec paroles me dérangent. J’ai découvert dans cette période le « neo-classical » et les artistes de cette mouvance comme Nils Frahm, Olafur Arnalds, Johann Johannsson, mais aussi la Polonaise Hania Rani. Ces compositeurs mélangent des influences de musique classique avec des sons plus modernes, plus électroniques. L’album Inner Symphonies de Hania Ranien en duo avec la violoncelliste Dobrawa Czocher, est pour moi une superbe réussite. Dès les premières notes on passe dans une autre dimension, et le monde qui nous entoure disparaît. Certaines des pages les plus importantes de mon livre ont été écrites sur cet album.

Paris, Texas

Wim Wenders - 1984 - Carlotta Films

J’ai vu Paris, Texas pour la première fois après mon tournage dans la Tornado Alley, sur Arte, et j’ai découvert à cette occasion que les protagonistes du film empruntaient, en partie, l’itinéraire que nous avions pris en partant de Terlingua, une espèce de ville fantôme au bout du bout du Texas. Mais c’est la beauté des images, l’incroyable scène de discussion dans le Peep Show, et bien sûr la musique qui m’ont mis une claque. J’adore l’idée que l’histoire commence avec un type mutique dans le désert, et se termine avec le même personnage qui parle au milieu des buildings de Houston.

La Leçon de piano

Jane Campion - 1999 - TF1 Studio

À l’époque où sort le film, je commence à m’intéresser au cinéma et je veux voir la Palme d’or. Et c’est une claque par rapport aux films que je voie d’habitude, Die hard, Robocop… des films plutôt portés sur l’action. Avec La Leçon de piano, je découvre la beauté, la sensualité des images, un scénario superbe où rien n’est binaire, où on peut se mettre à la place de tout le monde et comprendre les envies et les difficultés de chacun. Et puis c’est surement le premier film que je vois réalisé par une femme, je découvre alors une autre sensibilité, une autre manière de filmer qui n’en est pas moins puissante ni moins érotique. Peut-être ma première rencontre avec le cinéma d’auteur et ma propre sensibilité à l’image.

Danse avec les loups

Kevin Costner - 1990 - Pathé

Pour moi, ce film représente ce que le cinéma peut offrir de mieux en matière de grand spectacle, comme Apocalypse Now ou les films de Sergio Leone. Des films accessibles au grand public mais cinématographiquement ambitieux, qui vous transportent et qui proposent toujours quelques scènes d’anthologie. À chaque fois que je vois la scène de la chasse aux bisons, je suis complètement pris, je voudrais être avec Kevin Costner et les Sioux à chevaucher mon mustang le nez et les cheveux (que je n’ai plus) dans le vent.

Take Shelter

Jeff Nichols - 2011 - Ad Vitam

Surement l’un des meilleurs films sur l’angoisse que j’ai pu voir, et qui me parle tout particulièrement puisque le personnage principal est persuadé qu’une tornade va balayer sa maison et sa famille. Le film est visuellement très beau, les acteurs sont formidables, et Jeff Nichols arrive à nous plonger dans un stress intense que provoquent les visions du personnage interprété par Michael Shannon. La fin du film laisse le spectateur dans l’expectative, le doute flotte dans les têtes longtemps après la fin du générique, bien aidé par la BO magnifique qui l’accompagne. Il faut aussi voir Mud du même réalisateur.

La Place

Annie Ernaux - 1983 - Folio

Quelle claque la première fois que j’ai lu ce livre. Il y a d’abord la découverte de cette écriture. Dès les premières pages, je me suis dit que pour arriver à une telle précision, une telle concision, il m’aurait fallu dix ans de travail. Puis, la découverte de ce que plus tard on a appelé le concept de transfuge de classe qui mettait des mots sur quelque chose que je ressentais et qui reste très ancré en moi, encore aujourd’hui. L’œuvre d’Annie Ernaux est, pour moi comme pour beaucoup, libératrice. Elle m’a permis de ne plus me sentir seul avec certains sentiments ambivalents, contraires même, de ne plus me sentir seul dans mes envies, mes ambitions, ces décisions qui n’étaient pas forcément bien vues dans mon milieu d’origine, et qui nous font parfois passer pour des intrus ou des exilés dans notre propre clan.

Sur la route

Jack Kerouac - 1957 - Folio

C’est un livre culte dont le titre semble nous guider vers un livre de voyage, mais qui est surtout le livre des amitiés incroyables qui peuvent se souder lorsqu’on a la vingtaine et qui nous laissent des souvenirs à vie. C’est aussi un livre où l’on sent poindre la nostalgie de quelque chose qui a été et qui, on le sent bien, ne sera plus. L’écriture tendue et parfois hallucinée de Kerouac nous fait traverser l’Amérique de part en part et on sort de ce voyage, le cœur serré. C’est aussi un livre qui m’a servi de boussole dans ma propre écriture.

L'Odyssée de l'Endurance

Sir Ernest Shackleton - 1919 - Libretto

J’adore les témoignages de naufragés ou d’aventuriers qui se sont retrouvés dans de très sales draps. J’aurais aussi pu choisir Sur les routes de l’ouest, sur les traces de l’expédition Lewis et Clark, Les Naufragés du Français F.E. Raynal, ou Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer, pour ne citer que ceux-là. L’Odyssée de l’Endurance est le journal de bord du capitaine Shacketlon qui a décidé qu’il serait le premier homme à traverser l’Antarctique à pied. Son plan est simple : accoster sur une rive et rejoindre l’autre rive avec des chiens de traîneaux où un second bateau l’attendra. Il embarque donc en 1914, à la veille de la Première guerre, avec une trentaine d’hommes et, bien évidemment, rien ne se passe comme prévu. La succession de péripéties qu’ils doivent surmonter est à peine croyable. Et à la fin, après vingt-deux mois à lutter pour la survie par des températures pouvant descendre jusqu’à -45°, tous les membres de l’Endurance ont été sauvés.  

Chroniques martiennes

Ray Bradbury - 1950 - Denoël

J’ai toujours beaucoup aimé la S.F. même si j’en lis moins aujourd’hui. C’est une littérature trop souvent marginalisée alors que le cinéma et les séries s’en emparent en permanence, et souvent avec succès. Parmi tous les auteurs du genre, Ray Bradbury est sûrement mon préféré. C’est, pour moi, le poète de la S.F. Dans ses livres, et particulièrement dans ses nouvelles, la technique ou la « pertinence » du futur inventé n’ont pas beaucoup d’importance. Ce qui compte, ce sont les situations personnelles, les sentiments, les questionnements, l’humanité en somme, qui rendent ces récits presque intemporels. Les Chroniques Martiennes sont remplies d’une mélancolie très particulière que je n’ai pas trouvé ailleurs, et on sort de cette lecture avec l’impression d’avoir été touché en plein cœur.

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