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La sélection de Vincent Cuvellier

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Littérature adulte, littérature jeunesse, bande dessinée, livrets de spectacles musicaux, directeur de collection, auteur multi primé dès son premier roman – La troisième vie, à 17 ans -, Trophée spécial de l’auteur de l’année 2025 de Livres hebdo, Vincent Cuvellier sait ce qu’écrire veut dire. Et pas seulement puisqu’il est aussi intarissable sur la chanson française. « Quand on fait des sélections, on se demande toujours ce que vont penser les gens. C’est comme les idées politiques. Dans le milieu culturel, tant que vous annoncez des idées de gauche ou de centre gauche, ça va. Des idées de droite, ça devient plus compliqué. Pour les choix culturels, ce fameux distingo entre le populaire et le bon goût, ça peut être la même chose. »  Auteur populaire et de bon goût, Vincent Cuvellier nous a confié sa sélection à l’occasion de la sortie de deux nouveaux titres pour la jeunesse, dont Émile et le facteur

Madeleine sous la ville

Vincent Cuvellier, Guillaume Bianco
2025 - Little Urban
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Horn venait la nuit

Lola Gruber
2025 - Christian Bourgois
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Les Poneys sauvages

Michel Déon
1970 - Folio
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La sélection d'Oliver Norek

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La culture à la folie

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John l'Enfer

Didier Decoin
1977 - Points
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Miracle de la rose

Jean Genet
1946 - Folio
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Tango de Satan

Laszló Krasznahorkai, Joëlle Dufeuilly
1985 - Folio
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Soy Cuba

Mikhaïl Kalatozov
1964 - Potemkine Films
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Les Sopranos

David Chase
1999 - HBO
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Jonathan Livingston Seagull 

Neil Diamond
1973 - SONY MUSIC CATALOGUE
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Man From Earth

Richard Schenkman
2007 - Action & Communication
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Madeleine sous la ville

Vincent Cuvellier, Guillaume Bianco - 2025 - Little Urban

Paris, 1922. Madeleine, petite orpheline muette, vit chez un riche couple de bourgeois. Mais quand un voyou tente de l'enlever pour demander une rançon, sa vie bascule ! Madeleine n'a d'autre choix que de s'enfuir dans les tunnels du métro, puis dans les catacombes où elle trouve refuge auprès du peuple des souterrains. La fantasque madame Clou, le mystérieux roi des rats et tous les autres pourront-ils la protéger ? 

Horn venait la nuit

Lola Gruber - 2025 - Christian Bourgois

« Quand je lis un roman, il faut que ce soit très différent de ce que je suis capable de faire. Ici, c’est un livre qui est construit sur un plan, chose que je ne fais jamais, et la manière dont il est construit est assez virtuose. C’est aussi un livre qui correspond au tropisme que j’ai pour les pays et les villes de l’est, la Pologne, la Russie, Budapest, Prague… notamment dans les années cinquante, soixante, soixante-dix, sans aucune raison particulière si ce n’est celle d’un enfant qui a grandi à cette époque. Le côté mystérieux et fermé de ces pays y a fait beaucoup. Ce sont aussi des pays de culture très forte. Parfois je me demande ce que j’aurais écouté, ou vu au cinéma, si j’avais grandi dans ces pays à cette époque. »

Les Poneys sauvages

Michel Déon - 1970 - Folio

« J’aime bien cette littérature un peu datée, celle des années soixante, soixante-dix, basée sur la beauté de l’écriture. Michel Déon est clairement un héritier des hussards, Antoine Blondin, Roger Nimier… C’est une écriture de “bonhomme de droite”, mais il y a chez lui quelque chose de fluide, de plus profond. Ça ressemble à du d’Ormesson, mais du d’Ormesson un peu moins mondain ! Quand Michel Déon décrit les rapports entre les hommes et les femmes, c’est complètement à côté de la plaque, on n’y croit pas une seule seconde, mais il y a quand même quelque chose de l’ordre de la métaphysique et de l’héroïque, comme quand il compare tous ses amis à des poneys sauvages dans un champ en Irlande. C’est à la fois ridicule et beau. J’aime aussi beaucoup Pierre Mac Orlan, Blaise Cendrars, ou Joseph Kessel. »

La sélection d'Oliver Norek

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En une dizaine de romans écrits après une quinzaine d’années passées dans la police, Olivier Norek est devenu un auteur incontournable. Une des raisons de son succès tient peut-être à son postulat de départ : « Dans tous mes romans mes personnages se subliment. C’est à dire que je choisis toujours, comme personnage central, la personne la moins capée, la moins potentiellement acceptable pour cette mission, celle qui n’a pas les armes, qui n’a pas les techniques, les codes, le vocabulaire… Il va donc falloir que cette personne se dépasse pour accomplir cette mission, qu’elle soit plus forte qu’elle-même. Et inévitablement, les lecteurs et lectrices sont renvoyés à la question : qu’est-ce que je peux faire, moi aussi, pour avancer un peu plus loin ? » Pour creuser la question, Olivier Norek nous a livré sa sélection.

La culture à la folie

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Maboul, timbré, cintré, dingo, marteau, perché, toqué, zinzin, fada, frappé, givré, brindezingue… la liste est longue et sans cesse renouvelée des épithètes qui servent à qualifier ces êtres déconnectés de la réalité sociale de leur époque, que cette déconnexion soit passagère (coup de folie), légère (folie douce), ou ancrée à tout jamais au fond d’une psyché en souffrance. Alors que l’on peut se demander, en suivant l’actualité, “s’il sont tous enfermés”, nous avons eu envie de convoquer le regard que des auteurs - parmi des centaines - ont porté sur ces personnages plus ou moins fêlés, et dont on dit que certains laissent passer la lumière. En toute subjectivité bien entendu. Mais peut-être ne sommes-nous pas les meilleurs juges…

John l'Enfer

Didier Decoin - 1977 - Points

« Didier Decoin est un écrivain assez sous-estimé à mes yeux. Ses livres sont dingues, très étonnants. Il est sous-estimé, en partie à cause de son image égratignée par ces histoires de prix Goncourt. On a complètement oublié que c’est un de nos meilleurs écrivains. Pas toujours très aimable à lire, mais d’une très grande force. John L'Enfer, c’est l’histoire d’un indien laveur de carreaux à New-York à la fin des années soixante-dix et qui, devenu chômeur, rencontre un jeune sociologue qu'un accident a rendue momentanément aveugle, et Ashton Mysha, un juif hanté par sa Pologne natale. C’est un bouquin très surprenant. » 

Miracle de la rose

Jean Genet - 1946 - Folio

« Ce livre est peut-être celui qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse, celui par lequel j’ai découvert la littérature. Avant ça je lisais très peu. Puis je me suis retrouvé en pension au lycée où j’avais de longues heures d’étude qu’il fallait bien occuper, et ne trouvant pas d’autres activités, je me suis mis à ouvrir des bouquins. De manière non préméditée je suis tombé sur Miracle de la rose, et j’ai été immédiatement époustouflé, fasciné par la virtuosité de prosateur qu’est celle de Genet. Je me suis dit, ah bon, on peut faire ça avec la langue française ? J’ai aussi compris cette chose très belle, c’est que les livres ne sont pas clos sur eux même. Ce sont des portes qui s’ouvrent sur d’autres livres. À partir de Genet j’ai lu Sartre et la galaxie qui tournait autour de lui, mais aussi les auteurs dont parlait Genet. Une espèce de boule de neige s’est formée autour de Miracle de la rose. La littérature pouvait donc être un lieu d’invention et de liberté. Ce n’est pas mon livre préféré dans l’absolu, mais ça a été la porte d’entrée vers la lecture. » 

Tango de Satan

Laszló Krasznahorkai, Joëlle Dufeuilly - 1985 - Folio

« Je parle ici du roman de Laszló Krasznahorkai et du film qu’en a tiré Bèla Tarr. Les deux forment un agencement magistral de deux œuvres aussi fortes l’une que l’autre. On sent que Le Tango de Satan a été écrit dans un monde post soviétique où l’histoire s’est défaite. C’est un peu une déshérence qui est décrite, et pour moi c’est une position qui demeure encore importante parce que la psyché occidentale n’a pas encore fait le deuil de la fin de l’hypothèse communiste et de sa manifestation historique réelle qu’a été le bloc soviétique. Je pense qu’on est encore en grande partie tributaire de cette histoire. Le film, qui fait plus de sept heures, déplie quasiment toutes les scènes du livre. Il y a des mouvements de caméra qu’on dirait faulknériens, très amples, très longs, qui ne sont calqués ni sur le rythme de la narration, ni sur celui de la vie, mais qui nous rendent sensibles à une sorte de dilatation du temps. L’art peut permettre un rapport décalé au temps. Comme quand on lit Proust, on découvre une connaissance différente de ce qu’est le temps. » 

Soy Cuba

Mikhaïl Kalatozov - 1964 - Potemkine Films

« C’est un film qui m’a marqué profondément. Au début des années soixante, Mikhaïl Kalatozov est envoyé à Cuba faire un film à la gloire des révolutionnaires, une critique de cette vie tapageuse que menaient les américains avant la révolution castriste. Mais Kalatozov filme tellement bien les Américains avec leurs cigares, les femmes élégantes et la musique, autant de sujets censés représenter une vie de stupre et de péchés, que l’on sent la fascination du cinéaste à filmer ces scènes ! Et puis il y a ces plans séquences très longs, magnifiques, notamment celui, sidérant, d’un enterrement filmé au départ au niveau du cortège, puis la caméra s’élève jusqu’à une terrasse, traverse la rue, passe à travers un atelier de confection de cigares et ressort pour retrouver la procession. Un travail sur le dedans et le dehors qui illustre les différentes strates de la réalité. »

Les Sopranos

David Chase - 1999 - HBO

 « J’ai longtemps été réfractaire aux séries, mais les Sopranos, pour moi c’est le chef-d’œuvre. C’est l’Andreï Roublev de la série ! Ce personnage de mafieux dépressif qui va voir un psy est génial. Pour moi, il y a là une grande geste shakespearienne. C’est Shakespeare dans le New Jersey ! J’ai vu deux fois intégralement les huit saisons. D’avoir réussi une variation sur le thème du film de gangster américain qui a déjà tout une histoire glorieuse, refaire Le Parrain sans vraiment le refaire, est une réussite grandiose. »

Jonathan Livingston Seagull 

Neil Diamond - 1973 - SONY MUSIC CATALOGUE

« C’est une musique que j’écoute plusieurs fois par an. C’est d’ailleurs pour écouter ce disque vinyle que j’ai acheté une platine disque il y a une dizaine d’années. Je pourrais l’avoir en CD, l’écouter en MP3, mais ça ne m’intéresse pas. Ce que je veux c’est le son que j’entendais quand j’étais enfant, y compris le bruit du diamant sur le disque. J’écoute aussi souvent la musique de La Trace, le film de Bertrand Favre, une musique dont je pense que j’ai la seule copie encore en circulation ! »

Man From Earth

Richard Schenkman - 2007 - Action & Communication

« C’est l’histoire d’un professeur de fac qui prépare son déménagement avec l’aide de huit de ses collègues. On réalise alors que dans son salon il y a l’aréopage de toutes les connaissances du monde. Il y a un théologien, un prof de physique, un prof de chimie, un prof d’histoire, de français… Alors, le prof sur le départ va peu à peu leur confesser qu’il est sur cette terre depuis l’origine du monde, et demander aux autres profs de lui prouver le contraire. Va alors s’engager une discussion philosophique totalement hallucinante, tellement puissante qu’à la fin on est essoufflé, comme si on venait de voir un film d’action. Ce n’est ni prétentieux ni intello, mais tout simplement bluffant. »

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