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La sélection de Mathieu Larnaudie

la playlist

« Ce que j’aime dans la fiction en général, c’est quand elle est traversée par les grandes thématiques du moment. Le monde tourne d’une certaine façon, nous avec, on ne peut pas en faire l’économie. Mais parfois j’ai l’impression que des auteurs ou des cinéastes abordent ces thématiques de manière trop frontale. En ce qui me concerne, j’essaye toujours de voir comment on peut les regarder à travers d’autres prismes, en oblique, pour les faire voir autrement. C’est pourquoi j’aime les œuvres qui brassent des éléments hétéroclites du réel, en spirales, en courbes, en bifurcations, plutôt que celles qui filent tout droit. Cadrer un pan de la réalité et, à partir de là, voir tout ce qui peut circuler. » Avec Trash Vortex, Mathieu Larnaudie a marqué les esprits avec un des romans les plus impressionnants de 2024.  Chance pour nous, il a accepté de nous livrer une sélection de titres qui l’ont marqué.

Toutes les princesses meurent après minuit

Quentin Zuttion
2022 - Lombard
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“Latinoamérica”

Calle 13
2011 - Norte
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Les Dernières nuits de Paris

Philippe Soupault
1928 - L’Imaginaire
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Les Forbans de la nuit

Jules Dassin
1950 - Carlotta films
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Long Time Coming

Sierra Ferrell
2021 - Decca
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Le Coup du fou

Alessandro Barbaglia
1972 - Liana Levi
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Contrée indienne

Dorothy M. Johnson
1953 - Gallmeister
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Corto Maltese : Tango

Hugo Pratt
1987 - Casterman
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Cassandra Darke

Posy Simmonds
2018 - Denoel
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Contact ; Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver

Matthew B. Crawford
2016 - La Découverte
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Carnets de voyage

Walter Salles
2004 - Diaphana
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Volodos plays Brahms

Arcadi Volodos
2017 - Sony Classical
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Toutes les princesses meurent après minuit

Quentin Zuttion - 2022 - Lombard

Prix spécial du jury jeunesse

“ 31 août 1997 au matin, dans un pavillon de banlieue, une mère de famille repasse le linge quand la télévision lui apprend la nouvelle : Lady Di est morte cette nuit. Au même moment dans la salle de bain, Lulu, son fils de 8 ans, se tartine la bouche de rouge à lèvre et s'imagine embrasser son petit voisin. De son côté, Cam, en pleine adolescence, cache son petit copain dans sa chambre sous le refrain de la musique du moment. Quant au père, il rentre seulement à la maison, lui n'a pas dormi ici. De l'éveil du désir aux passions fanées, le portrait amoureux de cette famille s'esquisse à travers cette journée ensoleillée qui va changer leur vie…”

Prix spécial du jury jeunesse 2022 pour Snapdragon de Kat Leyh

“Latinoamérica”

Calle 13 - 2011 - Norte

Calle 13 est un rappeur portoricain très engagé politiquement que j’apprécie énormément, et qui en quelques années est passé du reggaeton avec filles et bagnoles, à une véritable voix des opprimés, des laissés pour compte, des âmes brisés. Un grand défenseur de l’éducation, de l’équilibre domestique, qui incite à la lecture, à la tolérance… C’est un type à la sensibilité immense qui, après avoir gagné beaucoup d’argent avec son premier album, a fait le tour de l’Amérique Latine en mobylette avec son guitariste - comme le Che avant lui – et après avoir vu la misère, la déchirure des peuples, est revenu avec un album sur lequel il dit être passé de la larve du rappeur au papillon de la vérité. C’est de la poésie pure, un appel à soi-même. Et son morceau « Latinoamérica » m’arrache des larmes à chaque fois que je vois la vidéo.

Les Dernières nuits de Paris

Philippe Soupault - 1928 - L’Imaginaire

Publié après la rupture avec le groupe surréaliste, ce roman échevelé d’une enquête sur une femme entrevue et suivie — par simple curiosité — au long des nuits, mêlée aux entreprises louches d’un groupe criminel, est sans doute le plus surréaliste des livres de l’époque. Plus frappant que Nadja (André Breton) voire Anicet ou le Panorama, roman (Louis Aragon). Dans cette longue dérive derrière une prostituée singulière par ses déclarations, son attitude, un pan du Paris étrange, inconnu, des années 1920.

Les Forbans de la nuit

Jules Dassin - 1950 - Carlotta films

Dans ce film hors d’haleine, un petit marlou — brillamment incarné par Richard Widmark — tente de monter une combine de combats de catch, en dépit du caïd grec du milieu, sur fond du Londres dantesque d’après-guerre, les docks de la Tamise disparus, dont mon grand-père (d’origine britannique) me disait à son époque : « Personne ne sait qui y vit, ce qu’il y a sur ces rives ». La fuite en avant du marlou, toujours plus mouillé dans son arnaque, toujours moins sûr de lui, toujours plus traqué par les requins du milieu, fait des Forbans de la nuit, un incomparable et haletant film noir.

Long Time Coming

Sierra Ferrell - 2021 - Decca

C’est une jeune chanteuse-auteure-compositrice et multi-instrumentiste américaine qui s’est fait connaître en tournant beaucoup sur scène avec un répertoire country-bluegrass-folk, complété par quelques reprises formidables (Ray LaMontagne, Willie Nelson)... Elle a un timbre de voix et une fantaisie qui me touchent beaucoup. C’est une championne !

Le Coup du fou

Alessandro Barbaglia - 1972 - Liana Levi

Le Coup du fou est un livre très intéressant pour moi qui ai travaillé sur Ulysse. Alessandro Barbaglia est un jeune auteur italien, ce roman évoque le duel aux échecs que se sont livrés Bobby Fischer et Boris Spassky en 1972 et qu’Alessandro Barbaglia compare à Achille et Ulysse. Il mêle aussi à son récit son histoire personnelle et celle de son père. C’est mené tambour battant, c’est très direct, c’est un livre qui m’a pas mal emballé. 

Contrée indienne

Dorothy M. Johnson - 1953 - Gallmeister

Dorothy M. Johnson est une femme qui a écrit des westerns, dont la nouvelle qui a inspiré à John Ford L’Homme qui tua Liberty Valance. Ses romans et nouvelles embrassent l’histoire américaine dans toute sa complexité, avec un regard très juste sur les Natifs américains. À ce titre, elle a été faite membre honoraire de la communauté Blackfeet. 

Corto Maltese : Tango

Hugo Pratt - 1987 - Casterman

En relisant Borges j’ai réalisé à quel point Pratt avait un appétit protéiforme. Il avalait tout, la littérature comme le film Le Troisième homme le film de Carol Reed. Il avait cette capacité d’être un aspirateur de connaissances et d’épurer tout ça. Avec Tango, Pratt est au sommet de son épure. Corto retrouve celui qui est supposé être son vieil ami Butch Cassidy. Moi-même, lorsque j’étais en Argentine j’ai essayé aussi de retrouver dans les archives les traces de Butch Cassidy, mais moi je n’ai rien retrouvé !

Cassandra Darke

Posy Simmonds - 2018 - Denoel

Posy Simmonds pose des passerelles entre la littérature, le dessin, la bande dessinée, on la connaît plus en France depuis que Tamara Drewe ou Gemma Bovery ont été adaptés au cinéma par Stephen Frears et Anne Fontaine. Posy Simmonds prend appui sur des monuments de la littérature et fait rentrer ça dans le monde d’aujourd’hui. C’est plein de finesse, très bien construit, Posy Simmonds articule très bien texte et dessin. 

Contact ; Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver

Matthew B. Crawford - 2016 - La Découverte

Matthew B. Crawford, l’auteur de l’Éloge du carburateur en 2010, s’inscrit dans une tradition qui m’intéresse beaucoup et que j’essaie de retranscrire en bande dessinée, une tradition qui essaie de raison garder dans un monde un peu fou. Dès les années trente, quarante, des gens comme Giono, Chesterton ou Bernanos (notamment dans son essai La France contre les robots, en 1947) se sont méfiés d’une certaine trajectoire que prenait la modernité, et souvent n’ont pas été pris au sérieux.

Carnets de voyage

Walter Salles - 2004 - Diaphana

C’est un film sur le voyage qu’a fait Ernesto Guevara avant de devenir le Che de la révolution cubaine quand, alors étudiant en médecine, il part à moto faire le tour de l’Amérique latine. C’est certainement un des films que, petit, j’ai le plus vu, peut-être cinquante ou cent fois. Je tournais sur trois films : celui-là, Amadeus de Milos Forman et Pirate des Caraïbes ! La photo du film aussi était très importante et qui, aujourd’hui, me fait penser aux photos de Sebastiao Salgado. 

Volodos plays Brahms

Arcadi Volodos - 2017 - Sony Classical

Arcadi Volodos est un immense pianiste qui a le talent de nous faire entendre énormément d’instruments tellement il transcende son instrument. Ici il interprète les opus 76, 117 et 118 de Brahms que j’ai entendu une première fois en concert, interprétés par Grigory Sokolov à Berlin et c’est un des rares concerts où j’ai senti monter une petite larme, moi qui me sens toujours un peu exclu de ce genre d’effet au point de parfois penser que je suis complètement insensible ! Sokolov n’a pas enregistré ces pièces de Brahms, mais l’enregistrement de Volodos propose un vrai voyage. Depuis, un enregistrement de Sokolov est sorti (mais à l’époque où j’ai vu son concert tel n’était pas le cas). Ce qui est d’ailleurs décevant, c’est que c’est un enregistrement live dont la qualité laisse à désirer. En conséquence, j’écoute toujours celui de Volodos…

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