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Franck Bouysse

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« La littérature est la longue affaire de ma vie. Tout tourne autour de ça. Petit à petit, je me suis aperçu que ce qui faisait littérature ce n’était pas forcément les mots. Que j’avais besoin de plein de choses autour. La musique, le cinéma, la poésie… Quand j’ai commencé à écrire, je me suis dit que j’allais parler des gens simples qui font les petites histoires. Faire quelques livres qui leur rendent hommage. Pas de les magnifier, parce que ces gens là, je les aime autant que je les maudis. J’avais quatre livres en tête et je me suis dit que chacun serait dominés par une saison. J’ai un rapport très organique à l’écriture qui est de l’ordre de l’instinct. Je suis très sensible aux couleurs, aux odeurs, à la durée du jour. » Franck Bouysse est notre invité.

Entre les rounds

Rodolphe Barry
2016 - Finitude
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Méridien de sang

Cormac McCarty
1985 - Points
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La Grande Peur dans la montagne

Charles Ferdinand Ramuz
1926 - Livre de poche
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Né d’aucune femme

Franck Bouysse
2019 - La manufacture de livres
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Tandis que j’agonise

William Faulkner
1930 - Folio - Gallimard
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La Grande Beune

Pierre Michon
1995 - Verdier
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Fantaisie Militaire

Alain Bashung
1998 - Barclay
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Suites pour violoncelle

J.S. Bach, Mstislav Rostropovitch
1995 - Warner
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Les lumières de la ville

Charlie Chaplin
1931 -
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Citizen Kane

Orson Welles
1941 -
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Manchester by the Sea

Kenneth Lonergan
2016 -
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La Nuit nous appartient

James Gray
2007 -
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Entre les rounds

Rodolphe Barry - 2016 - Finitude

Dans ce recueil de nouvelles, il y a celle, très belle, de ce journaliste qui veut aller interviewer Cormac McCarty. Il part au Texas et… C’est vraiment très très bien. Rodolphe Barry a également publié récemment Honorer la fureur (Finitude), sur James Agee, le journaliste qui a accompagné le photographe Walker Evans dans le sud des Etats-Unis, à l’époque de la grande dépression.

Méridien de sang

Cormac McCarty - 1985 - Points

En littérature, j’ai tiré un fil depuis Homère, Shakespeare, Faulkner… Et puis quelqu’un m’a ramené à la musique, quelqu’un qui a pressé l’œuvre de Faulkner et qui en a fait quelque chose de très personnel. C’est Cormac McCarty. Pour moi, c’est le plus grand écrivain contemporain américain, et j’enrage qu’il n’ait pas le prix Nobel. J’aime beaucoup Bob Dylan, mais quand même ! Je relis Méridien de sang ,et j’ai relu il n’y a pas si longtemps De si jolis chevaux, c’est d’une beauté infinie. Ce n’est pas une beauté évidente. Commencer un livre par « Voici l’enfant », il faut avoir les reins solides. Il vous raconte les horreurs les plus terribles, la noirceur la plus âpre, dure, mais avec une telle musicalité !

La Grande Peur dans la montagne

Charles Ferdinand Ramuz - 1926 - Livre de poche

Quand j’étais fourré dans les années vingt, trente, avec Faulkner, j’ai découvert Thomas Wolfe (Aux Sources du Fleuve 1929), Shelby Foote (Tourbillon 1950), des gens complètement oubliés aujourd’hui. Et puis j’ai découvert Charles Ferdinand Ramuz que je n’avais jamais lu, et sans lequel Giono ne serait pas Giono. Avec ces écrivains je me sens bien. Je me sens bien dans la langue. Parfois c’est juste un chapitre ou une phrase dans un livre.

Né d’aucune femme

Franck Bouysse - 2019 - La manufacture de livres

« Ce roman de Franck Bouysse, auteur du XXIe siècle, dépasse le genre convenu et s’aventure au-delà des codes littéraires. Il contient à la fois tout ce dont la vilenie humaine est capable et la rédemption en laquelle la tendresse et l’amour peuvent faire espérer. Gabriel, un jeune curé, est sollicité par une femme pour bénir le corps d’une défunte dans un ancien couvent chartreux reconverti en asile. Dans l’intimité du confessionnal, elle lui indique que, sous la jupe du cadavre, il trouvera deux cahiers dont elle lui fait promettre la lecture. Ce sont les carnets de Rose. » Télérama PNB 9782358872898

Tandis que j’agonise

William Faulkner - 1930 - Folio - Gallimard

Après avoir découvert, au cours de mon enfance, les grands feuilletonistes, Dumas, Hugo, Dickens… je suis arrivé à des gens qui m’ont donné l’autorisation d’écrire. Et le plus grand de tous ces auteurs, c’est William Faulkner. Au début, je ne trouvais pas de porte pour entrer dans son conté imaginaire. Mais je sentais qu’il y avait quelque chose d’important. Et un jour, à plus de trente ans, j’ai trouvé la porte avec Tandis que j’agonise. Jusqu’à là, la littérature c’étaient des histoires racontées par les nobles, les bourgeois, qui parlaient du petit peuple. C’est Pierre Bergounioux qui a dit que Faulkner avait rétrocédé leur voix aux petites gens. A ce moment, j’ai découvert que ces petites gens étaient ceux qui m’avaient élevé moi. Ces paysans Corréziens qui ne parlent pas beaucoup. PNB 9782852295483

La Grande Beune

Pierre Michon - 1995 - Verdier

Il y a des gens en France dont la langue m’émeut. Comme Pierre Michon par exemple. Quelle langue, quelle puissance ! Il ne se débarrasse pas toujours des grands anciens, mais La Grande Beune, c’est d’une sensualité extraordinaire. Et je trouve Pierre Michon d’une sincérité, d’une intégrité absolue.

Fantaisie Militaire

Alain Bashung - 1998 - Barclay

Fantaisie Militaire, c’est un chef d’œuvre absolu. Pourtant, quand j’écoutais La nuit je mens, je ne comprenais rien du tout. Mais la musique précédait le sens. En fait, la façon dont étaient agencés les mots créait une musique, une scansion, qui faisait que je calquais mon propre imaginaire sur ces mots là. Tout l’album est fabriqué comme ça. La musicalité des mots et la façon dont on les accoquine est plus importante que leur sens propre. Une œuvre, quelle qu’elle soit, est faite pour qu’on se l’approprie, qu’on écrive sa propre histoire. Je n’ai jamais vu Bashung sur scène, ce qui est un des grands regrets de ma vie.

Suites pour violoncelle

J.S. Bach, Mstislav Rostropovitch - 1995 - Warner

L’écriture d’un livre, c’est obsessionnel. Je travaille tous les jours sept jours sur sept, pendant au moins un an. Je lis aussi tous les jours. C’est une espèce de discipline. Pour Né d’aucune femme, j’écoutais les suites pour violoncelle de J.S. Bach interprétées par Mstislav Rostropovitch. Bach c’est un compagnon parfait parce qu’il est juste là pour accompagner l’acte d’écrire. Pour Grossir le ciel, c’était Anthony and the Johnsons. Le rythme du livre s’en ressent. Il y a cette voix qui est là, presque à se briser. Pour Plateau, c’était Lady in Satin de Billie Holiday. Pour Glaise, c’était également Anthony and the Johnsons, mais pas le même album.

Les lumières de la ville

Charlie Chaplin - 1931 -

Chaplin, c’est la poésie à l’état pur. C’est d’une tendresse infinie. Les lumières de la ville, cette critique sociale mêlée à cette histoire d’amour, avec cette jeune fille aveugle, c’est d’une beauté à couper le souffle. Quand on écrit, que l’on créé, on essaye de retourner à un état originel. Il faut essayer de retourner en nous, là où le silence est profond. Le but ultime de tout artiste est de faire parler ce foutu silence. Je viens d’un monde où les gens ne parlent pas. Qu’est-ce que vous faites quand les gens ne parlent pas ? Vous y mettez des choses dans ce silence. Ce qu’on appelle des non dits, des secrets, qui deviennent des mensonges souvent, et pour un gamin qui observe beaucoup, ça devient des histoires.

Citizen Kane

Orson Welles - 1941 -

Un grand film m’a marqué que j’ai vu et revu et re-revu, c’est Citizen Kane. C’est un peu le mythe de Sisyphe. Une boucle. Ça commence et ça se termine par l’enfance. Toujours l’enfance. Le début des mes livres commence toujours par une émotion qui a un lien à l’enfance. On n’en sort jamais.

Manchester by the Sea

Kenneth Lonergan - 2016 -

Un film m’a scotché ces dernières années, c’est Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan, avec Casey Affleck. Cette histoire dramatique d’un homme qui perd ses enfants dans un incendie… Je l’ai vu une première fois dans le train et j’ai chialé tout le voyage. J’ai regretté de ne pas l’avoir vu dans de meilleures conditions. La scène où il croise sa femme dans la rue, par hasard, est d’une force ! Je me demande comment on peut jouer ça. J’ai trouvé ça somptueux. Grand film.

La Nuit nous appartient

James Gray - 2007 -

J’aime beaucoup le cinéma de James Gray. Son intégrité. Il a un sens du dialogue qu’on ne voit pas beaucoup aujourd’hui je trouve. Je me rappelle d’une phrase dite par Robert Duval dans La Nuit nous appartient : « Quand on pisse dans son froc, on n’a jamais chaud bien longtemps ». C’est magnifique. Autant c’est compliqué, en littérature, de faire parler le silence, autant ça peut suffire au cinéma. Mais il faut être Depardon - qui est un génie de l’effacement, capable de disparaître devant ce qui n’existe pas encore, par exemple.

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