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Judith Perrignon

la playlist

Judith Perrignon est une journaliste qui aime les articles qui courent sur plusieurs pages, les reportages de plusieurs heures à la radio – 9 heures pour sa grande traversée Bruce Springsteen sur France Culture -, les livres qui permettent de raconter des vies (Gérard Garouste, Sonia Rikiel, Théo et Vincent Van Gogh…). Dans son roman Là où nous dansions, Judith Perrignon prend le prétexte d’un fait divers pour raconter le démantèlement de la ville de Detroit qui fut pourtant le berceau du monde moderne industriel, et celui de la Motown. Judith Perrignon a accepté notre invitation à faire son parcours. Dancing In The Street !

Tracks

Bruce Springsteen
1998 - Columbia
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Berlin

Lou Reed
1973 - RCA
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Fantaisie militaire

Alain Bashung
1998 - Barclay
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Les Cygnes sauvages

Hans Christian Andersen
1838 - Editions Notari
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Ma liberté à moi

Toni Morrison, Slade Morrison
2002 - Gallimard jeunesse
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Œuvres poétiques

Apollinaire
1898 - 1916 - Pléiade
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Kaputt

Curzio Malaparte
1944 - Folio - Gallimard
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Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais

Georges Orwell
1944 - 1949 - Editions Ivrea
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Là où nous dansions

Judith Perrignon
2021 - Rivages
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Middlesex

Jeffrey Eugenides
2002 - points
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Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Colum McCann
2009 - 10/18
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Le jour où le monde a tourné

Judith Perrignon
2022 - Grasset
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Tracks

Bruce Springsteen - 1998 - Columbia

Springsteen c’est un conteur d’histoires. Un grand musicien, mais un immense conteur d’histoires. J’ai choisi le coffret Tracks parce qu’il rassemble des titres peu connus, ceux qu’il n’a pas mis sur ses albums depuis les années 70 jusqu’à la fin des années 90, ceux que le succès n’a pas usés. Springsteen est à la fois très connu et très méconnu. Pour moi, c’est un môme qui découvre la musique via le transistor familial et qui voudrait être aspiré par ce transistor et ne jamais en sortir, ne jamais revenir au réel qu’il chante si bien.

Berlin

Lou Reed - 1973 - RCA

C’est un album que j’ai découvert bien après sa sortie. J’ai dû faire beaucoup de marches arrière en musique, tant le son des années 60 et 70 me captivent. La mélancolie qui se dégage de cet album, les pleurs d’enfants à la fin, m’ont saisie la première fois que je l’ai entendu. D’ailleurs s’il est sur cette liste, c’est parce qu’il était encore sur la platine le jour où vous me l’avez demandée.

Fantaisie militaire

Alain Bashung - 1998 - Barclay

Bashung, c’est une voix, jamais loin, qui toujours me console.

Les Cygnes sauvages

Hans Christian Andersen - 1838 - Editions Notari

L’envie et le besoin d’écrire viennent chez moi en grande partie de l’enfance. C’est le temps du conte, où le texte et le dessin se mélangent. Moi j’aimais beaucoup celui-là d’Andersen. Peut-être à cause de la petite fille blonde aux yeux bleus en couverture, avec laquelle je m’identifiais facilement. Mais je crois surtout, parce que chez Andersen, il y a un vrai réalisme derrière des histoires pleines de magie. Il a cette vertu d’offrir toute la naïveté et toute la noirceur du monde. Et plus je grandirai, plus malheureusement je laisserai la magie derrière moi, j’irai chercher du réalisme et des explications dans la littérature. 

Ma liberté à moi

Toni Morrison, Slade Morrison - 2002 - Gallimard jeunesse

C’est un livre que j’ai acheté pour mes enfants parce que je suis une grande fan de Toni Morrison. Elle a écrit cette histoire avec son fils Slade. C’est un livre dans lequel les adultes enferment tout le temps leurs enfants dans une espèce de jolie boite qui ressemble à une chambre. Ils les gâtent et les enferment de l’intérieur. Avec cette phrase qu’ils répètent en boucle : “tu ne sais pas faire bon usage de ta liberté”. C’est à la fois flou, métaphorique et concret, quelque chose de mystérieux flotte :  c’est la peur des adultes qui sont censés savoir quoi faire, et qui, au fond, ne savent pas.

Œuvres poétiques

Apollinaire - 1898 - 1916 - Pléiade

Pour moi, la poésie c’est le point de départ. C’est par la poésie que j’ai aimé lire et que j’ai pensé à écrire. La poésie transporte la musique de la langue.  Apollinaire a cette simplicité de la musique. Dans ce recueil il y a les Calligrammes et je me souviens que quand je les ai découverts, adolescente, j’ai trouvé ça magique ! L’école, comme pour beaucoup, n’est pas l’endroit qui m’a fait aimer les livres parce qu’on les aborde de manière trop sérieuse, on les dépiote de manière bizarre, alors que dans les Calligrammes d’Apollinaire les mots ne sont pas sérieux 

Kaputt

Curzio Malaparte - 1944 - Folio - Gallimard

C’est un livre que j’ai lu il y a des années et qui m’a époustouflée. Ça se passe pendant la seconde guerre mondiale. Le narrateur, un écrivain italien, donc du mauvais côté de l’Histoire, arpente les champs de bataille et fréquente les dîners officiels des nazis en poste dans les pays de l’Est. C’est un peu l’histoire de Malaparte qui a été correspondant de guerre. J’ai en mémoire ces chevaux morts figés dans un lac gelé. Ou ces nazis qui après dîner, s’en vont regarder par un petit trou comment ça se passe dans le ghetto de Varsovie. Le narrateur est le témoin et peut-être le complice de la monstruosité des hommes, il cherche sa place. Je n’ai jamais lu la guerre racontée comme ça. C’est d’une puissance littéraire hors norme. 

Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais

Georges Orwell - 1944 - 1949 - Editions Ivrea

J’ai toujours le sentiment d’aller vers une pensée juste en lisant Georges Orwell. C’est avec Hommage à la Catalogne, plus que 1984, que je l’ai découvert, découvert dans sa peau d’écrivain qui va voir, qui vit dans sa chair la guerre d’Espagne, puis la seconde guerre mondiale, ne se laisse jamais embrigader, ne se fourvoie pas, et ne renonce jamais à la question de l’égalité des hommes. Tels, tels étaient nos plaisirs, est un recueil d’essais et d’articles, certains vieillissent mieux que d’autres, il y a par exemple un très beau texte sur la responsabilité de l’artiste, mais aussi des prédictions qui ne se sont pas réalisées. Ce que j’aime dans ce livre c’est justement sa marge d’erreur, l’envers des certitudes, on est en présence d’une tête chercheuse, curieuse, et indépendante.

Là où nous dansions

Judith Perrignon - 2021 - Rivages

« Une ville qui sombre, c'est aussi une ville qui danse... Judith Perrignon fait revivre la mémoire noire de Detroit, berceau de la Soul et du capitalisme américain, avec la même force d'écriture et d'émotion que dans ses grands reportages. » Laurent Sapir – TSF Jazz

Middlesex

Jeffrey Eugenides - 2002 - points

C’est un très grand livre sur Détroit, il raconte la construction et la métamorphose de cette ville à travers l’histoire du personnage principal, une petite fille qui à l’adolescence se découvre garçon. Il y a deux ans, j’étais à Détroit, je suis allée écouter Jeffrey Eugenides invité à l’université pour les 25 ans de son premier roman Virgin Suicides. Il a finalement principalement parlé de Middlesex, comment il l’avait écrit et comment, à chaque fois qu’il travaillait sur des archives de la ville, il ne pouvait plus s’arrêter d’écrire, d’ajouter des chapitres. Ce jour-là, je sortais moi-même de la bibliothèque où il avait travaillé, je comprenais ce qu’il disait. Cette ville a brassé tellement de grands moments, de courants migratoires, qu’à chaque fois qu’on ouvre un tiroir, un micro film, on voudrait rajouter des pages et des pages. Detroit c’est un peu comme le logiciel originel du monde moderne, éclairer le passé de cette ville, c’est éclairer notre histoire.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Colum McCann - 2009 - 10/18

J’aime la façon dont Colum McCann a tissé son histoire à partir du paysage, avec ce funambule français sur son fil entre les deux tours du World Trade Center, puis un peu plus loin des prostituées préoccupées par les flics. On se balade dans cette ville et dans le destin des gens. Colum McCann est un grand humaniste. Un vrai remède au cynisme ambiant, alors qu’il n’évite pas les ténèbres de notre monde.

Le jour où le monde a tourné

Judith Perrignon - 2022 - Grasset

«  Le Royaume-Uni des années 1980. Les années Thatcher. Elles sortent toutes de là, les voix qui courent dans ce livre, elles plongent au creux de plaies toujours béantes, tissent un récit social,  la chronique d’un pays, mais plus que cela, elles laissent voir le commencement de l’époque dans laquelle nous vivons et dont nous ne savons plus comment sortir. 
C’est l’histoire d’un spasme idéologique, doublé d’une poussée technologique qui a bouleversé les vies. Ici s’achève ce que l’Occident avait tenté de créer pour panser les plaies de deux guerres mondiales. Ici commence aujourd’hui  : les SOS des hôpitaux. La police devenu force paramilitaire.  L’information tombée aux mains de magnats multimilliardaires. La suspicion sur la dépense publique quand l’individu est poussé à s’endetter jusqu’à rendre gorge. La stigmatisation de populations entières devenues ennemis de l’intérieur. (...) » ( Préface de l'auteur )

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